mardi 23 juin 2015

Le burn-out, une souffrance de moins en moins invisible au travail





  RH / Management   Par LEXPRESS.fr , publié le 23/06/2015 

Les cas de souffrance au travail se repèrent plus aisément dans le monde du travail, estiment des chercheurs de l'Institut national de veille sanitaire.
Reuters/Andrew Winning

Une étude publiée ce mardi 23 juin relève que les souffrances psychiques se détectent plus facilement dans le milieu professionnel. Principal motif avancé: la libération de la parole.

Le burn-out n'est plus vraiment un mal invisible et caché. C'est en tout cas ce que montrent les résultats d'un travail mené par l'Institut national de veille sanitaire (INVS) et publié mardi 23 juin dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH). Le nombre de cas de "souffrance psychique au travail", comptés par les médecins du travail est en hausse. Notamment chez les femmes.
Ainsi, le taux de prévalence (à savoir la proportion d'une population atteinte par les troubles en question) est passé chez les hommes salariés de 1,1% en 2007 à 1,4% en 2012. Pour les femmes, il est passé de 2,3% en 2007 à 3,1% en 2012, soit à un niveau "deux fois plus élevé que chez les hommes", observe l'étude qui n'apporte pas d'explication sur cette différence hommes/femmes.

Libération de la parole

En revanche, les épidémiologistes de l'INVS auteurs de l'étude avancent quelques pistes pour expliquer la hausse du nombre de cas de burn-out. Une "plus grande couverture médiatique des pathologies liées au travail", peut ainsi expliquer ce phénomène ainsi qu'une "libération de la parole auprès des médecins du travail" et une plus grande sensibilisation de ces derniers sur ces troubles.
Mais les chercheurs estiment aussi que le phénomène "peut être mis en parallèle avec la détérioration des conditions de travail constatée ces dernières années", notamment celles liées à l'organisation du travail et au durcissement des relations à la fois entre collègues et avec la hiérarchie.
Les "épisodes dépressifs légers" et les "troubles anxieux et dépressifs mixtes" - à savoir un mélange de plusieurs symptômes anxieux et dépressifs - sont statistiquement les troubles psychiques liés au travail les plus souvent rapportés chez les salariés.

Les plus de 45 ans et les cadres plus exposés

Le nombre de personnes souffrant de burn-out, à savoir d'épuisement physique et psychologique à cause du travail, a progressé régulièrement tout au long de la période étudiée mais ce trouble reste nettement moins courant que les dépressions légères et les troubles anxieux.
L'ensemble de ces symptômes touchent statistiquement plus fréquemment les salariés plus âgés: la probabilité d'en souffrir est "sept fois plus élevée pour les hommes de 45 à 54 ans par rapport au moins de 25 ans", note l'étude.
"Cette probabilité augmente également avec la catégorie sociale", à savoir la souffrance psychique est plus courante parmi les cadres que chez les ouvriers, relèvent encore les chercheurs de l'INVS.  

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vendredi 22 mai 2015

Phobie 1

Le terme « phobie » renvoie à un vaste ensemble de troubles psychologiques, comme l’agoraphobie, la claustrophobie, la phobie sociale, etc. Une phobie est caractérisée par la peur irrationnelle d’une situation particulière, comme la peur de prendre l’ascenseur, ou d’un objet spécifique, comme la peur des araignées. Mais la phobie se situe au-delà d’une simple peur : c’est une véritable angoisse qui s’empare des personnes qui y sont confrontées. La personne phobique est tout à fait consciente de sa peur. Par conséquent, elle tente d’éviter, par tous les moyens, la situation ou l’objet redouté.
Au quotidien, souffrir d’une phobie peut être plus ou moins handicapant. S’il s’agit d’une ophidiophobie, c’est-à-dire d’une phobie des serpents, la personne n’aura, par exemple, pas de difficultés à éviter l’animal en question.
D’autres phobies s’avèrent en revanche difficiles à contourner au quotidien, comme la peur de la foule ou la peur de conduire. Dans ce cas, la personne phobique tente, mais souvent en vain, de surmonter l’angoisse que lui procure cette situation. L’anxiété qui accompagne la phobie peut alors évoluer en crise d’angoisse et épuiser rapidement la personne phobique, physiquement et psychologiquement. Elle a tendance à s’isoler petit à petit pour se tenir à l’écart de ces situations problématiques. Cet évitement peut alors avoir des répercussions plus ou moins importantes sur la vie professionnelle et/ou sociale des personnes qui souffrent de phobie.
Il existe différents types de phobies. Dans les classifications, on trouve d’abord les phobies simples et les phobies complexes, dans lesquelles figurent principalement l’agoraphobie et la phobie sociale.

Parmi les phobies simples, on trouve :

  • Les phobies de type animal qui correspondent à une peur induite par les animaux ou les insectes ;
  • Les phobies de type « environnement naturel » qui correspondent à une peur provoquée par les éléments naturels tels que les orages, les hauteurs ou l’eau ;
  • Les phobies du sang, des injections ou des blessures qui correspondent aux peurs reliées à des procédures médicales ;
  • Les phobies de type situationnel qui concernent les peurs induites par une situation spécifique comme prendre les transports en commun, les tunnels, les ponts, les voyages aériens, les ascenseurs, le fait de conduire ou les endroits clos.

Prévalence

Selon certaines sources, en France 1 personne sur 10 souffrirait de phobie10. Les femmes seraient davantage touchées (2 femmes pour 1 homme). Enfin, certaines phobies sont plus fréquentes que d’autres et certaines peuvent toucher davantage les plus jeunes ou les personnes âgées.
Phobies les plus courantes
Phobie des araignées (arachnophobie)
Phobie des situations sociales (phobie sociale)
Phobie des voyages en avion (aérodromophobie)
Phobie des espaces ouverts (agoraphobie)
Phobie des espaces clos (claustrophobie)
Phobie des hauteurs (acrophobie)
Phobie de l’eau (aquaphobie)
Phobie du cancer (cancérophobie)
Phobie de l’orage, des tempêtes (cheimophobie)
Phobie de la mort (nécrophobie)
Phobie de faire un malaise cardiaque (cardiophobie)
Phobies peu fréquentes
Phobie des fruits (carpophobie)
Phobie des chats (ailourophobie)
Phobie des chiens (cynophobie)
Phobie de la contamination par les microbes (mysophobie)
Phobie de l’accouchement (tokophobie)
D’après une étude menée sur un échantillon de 1000 personnes, âgées de 18 à 70 ans, les chercheurs ont montré que les femmes étaient plus touchées par la phobie des animaux que les hommes. D’après cette même étude, les phobies des objets inanimés concerneraient plutôt les personnes âgées. Enfin, la peur des injections semble diminuer avec l’âge1.

Les peurs « normales » durant l’enfance

Chez l’enfant, certaines peurs sont fréquentes et s’inscrivent dans le développement normal de celui-ci. Parmi les peurs les plus fréquentes, on peut citer : la peur de la séparation, la peur du noir, la peur des monstres, la peur des petits animaux, etc…
Souvent, ces peurs apparaissent et disparaissent avec l’âge sans interférer dans le bien-être global de l’enfant. Toutefois, si certaines peurs s’installent dans le temps et qu’elles ont des répercussions notables sur le comportement et le bien-être de l’enfant, il ne faut pas hésiter à consulter un pédiatre.

Diagnostic

Pour poser le diagnostic de phobie, il faut s’assurer que la personne présente une peur persistante de certaines situations ou de certains objets.
La personne phobique est terrifiée à l’idée d’être confrontée à la situation ou à l’objet redouté. Cette peur peut rapidement devenir une angoisse permanente pouvant parfois évoluer en attaque de panique. Cette anxiété incite la personne phobique à contourner les situations ou les objets qui suscitent chez elle de la peur, par des conduites d’évitement et/ou de réassurance (éviter un objet ou demander à une personne d’être présente dans le but d’être rassuré).
Pour poser le diagnostic de phobie, le professionnel de la santé peut se référer aux critères de diagnostic de la phobie figurant dans le DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders – 4ème édition) ou la CIM-10 (Classification Statistique Internationale des maladies et des problèmes de santé connexes – 10ème révision). Il peut mener un entretien clinique précis afin de rechercher les signes de manifestation d’une phobie.
De nombreuses échelles telles que l’échelle de peurs (FSS III) ou encore le questionnaire des peurs de Marks et Mattews, sont à la disposition des médecins et des psychologues. Ils peuvent les utiliser afin de valider objectivement leur diagnostic et d’évaluer l’intensité de la phobie ainsi que les répercussions de celle-ci peut avoir dans le quotidien du patient.

Causes

La phobie est bien plus qu’une peur, c’est un véritable trouble anxieux. Certaines phobies se développent plus facilement pendant l’enfance, comme l’angoisse d’être séparé de la mère (angoisse de séparation), alors que d’autres surviennent plutôt à l’adolescence ou à l’âge adulte. Il faut savoir qu’un événement traumatisant ou un stress très intense peuvent être à l’origine de l’apparition d’une phobie..
Les phobies simples se développent bien souvent durant l’enfance. Les symptômes classiques peuvent débuter entre 4 et 8 ans. La plupart du temps, ils font suite à un événement vécu par l’enfant comme désagréable et stressant. Parmi ces événements figurent par exemple, une visite médicale, une vaccination ou une prise de sang. Les enfants ayant été pris au piège dans un espace fermé et sombre suite à un accident risqueraient eux de développer par la suite une phobie des espaces clos, appelée claustrophobie. Il est également possible que les enfants développent une phobie « par apprentissage2 » s’ils sont au contact d’autres personnes phobiques dans leur environnement familial. Par exemple, au contact d’un membre de la famille ayant peur des souris, l’enfant peut développer lui-aussi une peur des souris. En effet, il aura intégré l’idée qu’il faut en avoir peur.
L’origine des phobies complexes sont plus difficiles à identifier. De nombreux facteurs (neurobiologiques, génétiques, psychologiques ou environnementaux) semblent jouer un rôle dans leur apparition.
Certaines études ont montré que le cerveau humain serait en quelque sorte « préprogrammé » pour ressentir certaines peurs (serpents, obscurité, vide, etc…). Il semblerait que certaines peurs fassent parties de notre patrimoine génétique et c’est certainement elles qui nous ont permis de survivre dans l’environnement hostile (animaux sauvages, éléments naturels, etc) dans lequel évoluaient nos ancêtres.

Troubles associés

Les personnes souffrant d’une phobie présentent souvent d’autres troubles psychologiques associés tels que :
  • un trouble anxieux, comme un trouble panique ou une autre phobie.
  • une dépression.
  • une consommation excessive de substances ayant des propriétés anxiolytiques comme l’alcool3.

Complications

Souffrir d’une phobie peut devenir un véritable handicap pour la personne qui en est atteinte. Ce trouble peut avoir des répercussions sur la vie affective, sociale et professionnelle des personnes phobiques. En tentant de lutter contre l’anxiété qui accompagne la phobie, certaines personnes peuvent avoir recours, de manière abusive, à certaines substances ayant des propriétés anxiolytiques telles que l’alcool et les psychotropes. Il est également possible que cette anxiété évolue en crises d’angoisses ou en trouble d’anxiété généralisé. Dans les cas les plus dramatiques, la phobie peut aussi conduire certaines personnes au suicide.

Phobie 2

Prévention

La prévention passe avant tout par la prise en charge précoce de ce trouble. Si vous souffrez d’une peur et que celle-ci impacte votre qualité de vie et vous empêche de faire certaines choses, n’hésitez pas à en parler avec votre médecin.

Traitements médicaux

La plupart du temps, la prise en charge d’une phobie se fait en milieu ambulatoire avec une prise en charge psychothérapique et des traitements médicamenteux. Cet accompagnement permet de diminuer les symptômes et la morbidité (= survenue d’autres troubles) et améliore également le fonctionnement psychologique et social de la personne phobique. Dans certains cas, et notamment lorsqu’une décompensation thymique (Trouble d’anxiété généralisée, dépression, etc…) grave est associée, une hospitalisation peut s’avérer nécessaire.
La prise en charge des phobies relève des compétences du médecin traitant mais aussi du psychiatre, du pédopsychiatre ou du psychologue. Le médecin du travail et le médecin scolaire peuvent également faire partie du cercle de professionnels qu’il est important d’informer et de solliciter lors de cette prise en charge. Enfin, les services médicaux-sociaux et éducatifs sont des structures qui peuvent également apporter de l’aide à la personne phobique.

Thérapies

  • Les TCC
Les thérapies cognitivo-comportementales ont montré leur efficacité dans le traitement de certaines phobies à raison de 12 à 25 séances de 45 minutes environ. Le thérapeute aide la personne phobique à affronter sa peur en l’exposant progressivement à l’objet ou à la situation redoutée. Cette exposition est mise en place via la visualisation ou l’imagerie mentale.
Grâce à la relaxation et au travail effectué en parallèle sur les pensées et les émotions ressenties par la personne phobique, le thérapeute établit une liste d’objectifs à atteindre tout au long de la thérapie. L’objectif final est que le patient arrive à affronter ses plus grosses peurs sans anxiété grâce à une désensibilisation progressive. Afin d’obtenir de meilleurs résultats, il est possible de combiner ce type de thérapie avec une prise en charge médicamenteuse adaptée (voir la partie « médicaments »)
  • EMDR
L’EMDR, ou l’intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires, est un outil thérapeutique qui a vu le jour à la fin des années 1980. Développé à l’origine pour traiter les personnes souffrant de Troubles de Stress Post-traumatique (TSPT), il semble avoir un bon taux de réussite dans le traitement des phobies simples5.
Dans ce cadre, le thérapeute demande à son patient de penser à une situation qui lui pose problème en même temps qu’il lui demande de fixer un objet en mouvement. Les saccades oculaires rapides induites par le mouvement de balancier contrôler par le thérapeute stimuleraient le passage d’informations problèmes dans de nouvelles zones cérébrales.
  • Psychothérapie d’Inspiration Analytique
La personne phobique est amenée à se questionner, entre autres, sur les conflits psychiques à l’origine de sa phobie6.  Là où les psychothérapies cognitives et comportementales s’attachent à faire disparaître le symptôme, la thérapie analytique accompagne le patient dans la découverte du sens de ce symptôme, dans son histoire personnelle et familiale.
  • Médicaments
Les antidépresseurs font partie de l’arsenal thérapeutique à la disposition des médecins pour accompagner les patients phobiques dans l’amélioration de leur trouble. Même s’il n’y a pas de dépression associée à la phobie, les antidépresseurs sont préconisés car leur action est bien plus étendue qu’elle n’y paraît.
Les antidépresseurs agissant sur la recapture de la sérotonine (ISRS) sont couramment utilisés dans le traitement des phobies. Ces médicaments agissent en augmentant la quantité de sérotonine (neurotransmetteur) présente dans le cerveau. Parmi les plus fréquemment utilisés dans le traitement de la phobie, on peut citer : le citalopram (Celexa®), l’escitalopram (Lexapro®), la fluoxétine (Prozac®), la paroxétine (Paxil®) et la sertraline (Zoloft®).
Si l’anxiété qui accompagne la phobie est importante, des anxiolytiques comme les benzodiazépines (Xanax®) peuvent être prescrits sur une période courte afin d’éviter une dépendance.
Enfin, les bêtabloquants peuvent aussi être prescrits dans le traitement des phobies. Ce sont des médicaments tels que le Propranolol® qui sont utilisés pour traiter l’hypertension artérielle. Ces médicaments réduisent entres autres la fréquence cardiaque et permettent de soulager les symptômes gênants comme les palpitations.

mardi 12 mai 2015

Résilience

Quel est le point commun entre Maria Callas, Georges Brassens ou Charles Dickens ? Tous ont vécu une enfance difficile, mais ont réussi à surmonter leurs malheurs. Présentée par Boris Cyrulnik comme étant « l’art de naviguer dans les torrents », la résilience peut concerner chacun de nous un jour. Comment réussir à rebondir et surmonter les épreuves de la vie ?
Abandonné par sa mère à 3 ans, battu par son père alcoolique qui lui brise les deux jambes, Tim Guénard doit être soigné 2 ans à l’hôpital. Placé en institution il subit des violences sexuelles. Aujourd’hui il témoigne « qu’il n’y a pas de blessures qui ne puissent être lentement cicatrisées par l’amour ». Par quel prodige un homme brisé par la vie est-il devenu le père attentionné de 4 enfants, qui accueille dans sa ferme des jeunes en grande difficulté ?

Tous potentiellement résilients

Cette capacité à surmonter les traumatismes s’appelle la résilience. Le terme, emprunté à la physique, désigne le retour à l’état initial d’un élément déformé. Les psychiatres américains spécialisés dans la petite enfance, ont adopté le mot dans les années 90. Il a ensuite été popularisé en France par Boris Cyrulnik. A en croire le psychothérapeute, « environ une personne sur deux subit un traumatisme au cours de son existence, qu’il s’agisse d’un inceste, d’un viol, de la perte précoce d’un être cher, d’une maladie grave ou d’une guerre ».

La résilience, innée ou acquise ?

Notre développement est régi par un certain nombre de déterminants génétiques. Le cerveau de certains individus sécrète beaucoup de dopamine et de sérotonine, qui jouent un rôle d’euphorisants. A contrario près de 2 % des enfants naîtraient avec un potentiel de « force psychique » diminué. Il serait cependant illusoire d’imaginer qu’une analyse de l’ADN suffirait à savoir si un enfant est prédisposé. Son caractère et son environnement affectif jouent un rôle primordial .
Dès leurs premiers jours, les bébés adaptent leurs comportements en fonction de l’attitude des parents à leur égard. Quatre sortes d’attachement réciproque peuvent ainsi être distinguées :
  • Sécurisant (65 %), ces enfants ont les meilleures chances de s’en sortir en cas de malheur ;
  • Evitant (20 %), ils maintiennent leurs distances ;
  • Ambivalents ou désorganisés (15 %).
Selon le type de relation qu’ils réussissent à établir, ils sauront plus ou moins bien se reconstruire après une blessure de la vie.

Savoir mettre au monde

« Faire naître un enfant n’est pas suffisant, il faut aussi le mettre au monde » affirme Boris Cyrulnik. Ses travaux insistent sur l’importance des « nourritures affectives ». C’est pour l’avoir ignoré, sous l’ère Ceausescu, que 40 % des orphelins et enfants abandonnés sont morts en Roumanie. Les adultes doivent aider les enfants à se construire un capital psychique qui leur permettra de façonner leur résilience et trouver les ressources intérieures et extérieures le moment venu. Ainsi quand un père joue à poursuivre son enfant en faisant la grosse voix, ce dernier comprend qu’il s’agit d’un jeu. Cette comédie permet la familiarisation avec l’inconnu et sert à maîtriser sa peur. Cela ne signifie pas que l’enfant sera « immunisé » à vie contre les malheurs, mais il acquière un premier facteur de résilience.

Indifférence n’est pas résilience

Pour se protéger, les enfants non résilients mettent en oeuvre des stratégies qui vont de la négation des événements dont ils ont été victimes, à l’humour qui permet la mise à distance, ou la haine. Un jour les enfants se révoltent et refusent d’être stigmatisés dans le rôle d’une victime qui subit. Légèrement narcissiques les résilients ? Peut-être, car il y a quelque chose de l’ordre du défi qui s’exprime ainsi : « l’image que vous vous faites de moi ne correspond pas à ma réalité. Un jour je m’en sortirai et vous montrerai de quoi je suis capable ». Ce sursaut d’orgueil s’appuie souvent sur des « tuteurs de développement : des adultes compréhensifs, choisis comme substitut parental, qui vont leur redonner confiance en posant sur eux un nouveau regard.

La résilience comme mythe du renouveau

Si l’on parle davantage de résilience aujourd’hui, c’est que nous sommes plus réceptifs à ce discours. Les affaires de pédophilie et de viols sortent de l’ombre, et les victimes, rongées par leur sentiment de culpabilité et de honte, osent un peu plus prendre la parole. Cette attitude « christique » (la nécessité de mourir pour pouvoir renaître) est très valorisée. Michel Hanus, spécialiste du deuil, en vient à se demander si en fait de résilience, il ne s’agirait pas tout simplement d’une forme de deuil avec ses 3 phases : le traumatisme, l’état dépressif, l’assimilation du deuil. Dans tous les cas, être résilient ce n’est pas être invulnérable, mais apprendre à résister aux traumatismes, en faisant appel à la confiance enfouie en chacun de nous et qui tarde parfois à s’exprimer…
Mathieu Ozanam Doctissimo

Procrastination

  Remettre au lendemain : la procrastination

Article « Procrastination » de Wikipédia:
La procrastination est un terme relatif à la psychologie qui désigne la tendance pathologique à remettre systématiquement au lendemain quelques actions (qu’elles soient limitées à un domaine précis de la vie quotidienne ou non). Le « retardataire chronique », appelé procrastinateur, n’arrive pas à se « mettre au travail », surtout lorsque cela ne lui procure pas de gratification immédiate.
Profil et comportements types
Cette tendance apparaît souvent au cours des études dès que la personne doit gérer elle-même son activité et prendre la responsabilité de sa production. C’est souvent quand il faut rendre ses premiers devoirs réalisés à la maison que la procrastination se révèle. Il n’y a pas de corrélations entre le niveau intellectuel et la fréquence de la procrastination.
La majorité des personnes affectées par la procrastination l’est en général aussi par le « perfectionnisme », c’est-à-dire la tendance à estimer inacceptable un travail qui ne s’approche pas de la perfection. Comme il est rare d’atteindre la perfection autrement que par essais et erreurs et que la personne n’accepte pas l’idée de produire un résultat imparfait, elle contourne le problème en ne faisant rien : par exemple la nécessité d’un rangement ou d’un classement est sempiternellement différée parce qu’on n’a pas le temps de faire quelque chose de parfait, et on ne fait donc rien du tout. Ce perfectionnisme contribue à augmenter la forte tendance à exagérer la difficulté, la longueur ou le déplaisir à réaliser la tâche à effectuer.
Cependant, être un « retardataire » ne signifie pas ne rien faire. Au contraire, le sujet peut être pris d’une véritable frénésie d’activités (aller faire les courses, entamer un grand ménage de printemps, repeindre les volets, prendre des nouvelles de la grand-mère, faire de la maintenance informatique, etc.), tant que celles-ci ne possèdent aucun rapport avec LA tâche problématique (par exemple faire un rapport).
Le procrastinateur peut se lever tôt, cela n’est pas pour autant qu’il va travailler tôt. Au contraire, il pensera qu’il a le temps et ne fera que repousser plus longtemps.
La procrastination peut avoir des conséquences plus ou moins importantes. Si elle se concentre sur des choses sans conséquences (faire la vaisselle, etc.), le soulagement momentané et relatif qu’elle apporte peut être sans gravité. Si elle concerne le secteur professionnel par exemple, le procrastinateur peut être amené à avoir d’importantes conséquences sur son adaptation sociale.
On recense trois domaines privilégiés de la procrastination :
* dans les études (et plus tard la vie professionnelle) ;
* dans la vie quotidienne (procrastination routinière) ;
* dans les prises de décision (procrastination décisionnelle).
Les étapes qui mènent au report s’auto-entretiennent.
1. Vous souhaitez faire quelque chose ;
2. Vous décidez de le faire ;
3. Vous reportez sans vraie bonne raison ;
4. Vous constatez les désavantages de ce report ;
5. Vous continuez cependant à reporter ;
6. Soit vous vous en voulez, soit vous trouvez une excuse rationnelle, soit vous évacuez ce problème ;
7. Vous continuez à reporter ;
8. Vous réussissez à faire votre tâche juste à temps, avec un maximum de stress, ou bien vous terminez trop tard, ou bien vous ne le faites jamais ;
9. Vous vous sentez coupable d’avoir ce comportement ;
10. Vous jurez qu’on ne vous y reprendra plus ;
11. Peu de temps après, vous recommencez (effet d’addiction).
Raisons probables
Cette attitude, caractéristique du comportement passif-agressif, consiste en une forme de résistance passive à toute fourniture de performance, qu’elle soit personnelle, sociale ou professionnelle.
On retrouve également cette attitude dans la plupart des comportements dépressifs. Comme dans ces phases toute action est rendue encore plus difficile qu’à l’habitude, le sujet préfère reporter au lendemain ce qui ne se révèle en général pas plus fructueux. Il faut distinguer la procrastination d’une part et la perte de plaisir et l’inhibition psychomotrice d’autre part, qui caractérisent l’état dépressif. La difficulté à réaliser une tâche est un point commun mais les mécanismes inhibiteurs de l’action sont très différents. Il faut donc faire un diagnostic différentiel entre état dépressif et procrastination plutôt qu’assimiler les deux troubles. En effet un procrastinateur est normalement actif avec les tâches non problématiques, son inhibition n’est pas générale.
Par ailleurs les personnes adultes sujettes à un déficit de l’attention (trouble de déficit de l’attention et/ou hyperactivité) présentent également très souvent cette attitude, qui ne correspond pas spécialement à une phase dépressive.
La proscratination peut prendre différentes formes selon les personnes, ou selon les circonstances pour une même personne. En règle générale, on procrastine:
* Pour échapper à la frustration (car la tâche que l’on reporte est moins agréable que ce que l’on fait à la place, et la sanction paraît trop lointaine par rapport au plaisir immédiat que l’on tire à faire autre chose). La solution est donc d’augmenter les conséquences positives à court terme de l’action reportée, et de se protéger des distractions.
* Pour protéger son estime de soi : chez les procrastinateurs, l’échec est souvent perçu comme une remise en question globale de leur valeur[réf. nécessaire]. Moins ils ont de chance de réussir, plus ils procrastinent. De plus, comme ils ont une tendance à être plus perfectionnistes que la moyenne, les chances de ne pas être à la hauteur de leurs exigences sont fortes. Du coup, la procrastination crée souvent un handicap (on n’a pas assez travaillé pour son examen, par exemple) qui fournit des excuses au cas où les performances ne seraient pas à la hauteur de ce qui était attendu. En gros, on peut toujours se dire que si on avait travaillé plus, on aurait réussi, alors que c’est peut-être faux, mais on ne le saura pas, et on protège son estime de soi. Malheureusement, à long terme, l’estime de soi est quand même abîmée, puisque les choses ne sont jamais faites complètement.
* Pour résister aux autres : comportement passif-agressif. On dit « oui » aux demandes d’autrui, mais on ne le fait pas.
* Pour vivre dans le stress, dans une recherche de sensations fortes.
* Parce que l’on a des croyances irrationnelles, par exemple, on pense que l’on sera plus motivé pour faire un travail pénible plus tard, ce qui est toujours faux, ou on pense qu’il faut que ce soit parfait.
* C’est une sorte de jeu mental contre la montre : la tâche, bien qu’incontournable, n’est pas motivante au regard d’autres tâches intéressantes non obligatoires que l’on fait passer avant. L’on attend alors le dernier moment pour faire cette tâche incontournable et l’on se réjouit de l’avoir retardée au maximum afin de l’expédier en un temps record.
* Parce que le milieu professionnel s’y prête, particulièrement dans les grandes entreprises ou l’administration. La complexité du système entretient alors la procrastination en la masquant (particulièrement en l’absence d’objectifs concrets). Exemples : retards systématiques dans la fourniture d’informations, difficultés à mettre en place de nouveaux processus (nouveaux produits, nouvelles méthodes de travail, réunions qualité …), décisions floues ou ambiguës, culture du perfectionnisme, demandes en multiples exemplaires, renvois systématiques à d’autres services, complexité d’une organisation ou d’une chaîne de décision, rétention d’informations, cloisonnement des relations entre services, lenteurs de l’administration, etc.
Il ne s’agit pas toujours d’un comportement à part entière, car il peut être induit par la pression sociale d’un groupe. Un certain nombre de peurs, pouvant s’ajouter les unes aux autres, se retrouvent au cœur de cette attitude :
Peur de l’échec
Le sujet préfère retarder le travail au maximum jusqu’à estimer qu’il est trop tard pour le faire. Il dispose alors d’un prétexte à l’échec. On retrouve ici par exemple l’une des raisons qui caractérisent le « syndrome de l’étudiant ».
Cette attitude semble liée à une éducation exigeante, fondée sur une culture du résultat. Le sujet prend l’habitude de ne plus pouvoir engager une action sans penser à l’évaluation qui la suivra et cherche alors à éviter les conséquences fâcheuses. La procrastination peut se trouver chez des sujets très doués dans leur domaine et — paradoxalement — manquant de confiance en eux en profondeur.
Exemple : un étudiant qui stresse à l’idée de rendre un mémoire inintéressant.
Peur de la réussite
Le sujet craint qu’en réussissant il s’attire la jalousie des autres et/ou qu’alors il soit chargé de nouvelles responsabilités, de nouvelles attentes plus élevées auxquelles il ne se sent pas capable de faire face. Il essaie alors de ne pas paraître parfait ni trop comblé. Cette peur peut provenir d’une jalousie fraternelle ressentie lors de l’enfance. Il peut aussi avoir la sensation qu’il menace ses parents ou mentor par sa réussite.
Exemple : un employé de bureau qui ne souhaite pas changer de poste.
Peur de ne pas contrôler son environnement
Le sujet veut avoir le sentiment qu’il domine la situation. Cela peut venir d’un souhait de revanche, d’autonomie : des individus poussés à la performance dans des domaines ne relevant pas de leur ambition propre peuvent choisir la procrastination pour affirmer leur indépendance. Une personne voulant se mesurer à son environnement par goût du risque peut aussi devenir une « retardataire ».
Exemple : un employé qui lutte contre sa hiérarchie à la limite du renvoi ou encore un vendeur au téléphone qui le laisse sonner.
Peur de l’isolement
Le sujet souhaite être protégé, conseillé, dirigé ; il est à l’aise en équipe ou lorsque quelqu’un d’autre prend les décisions importantes, comme un enfant dans le cadre familial. Il peut aussi chercher à attirer l’attention sur lui par une situation extrême ou encore savoir qu’il a toujours quelque chose à faire (crainte de la solitude).
Exemple : un élève qui attend que quelqu’un lui fasse ses devoirs.
Défense de l’intimité
Le sujet a peur que les autres ne prennent trop de place dans sa vie (croyance qu’il va se faire voler ses réalisations, précédente relation sentimentale ratée, souvenir de personnes envahissantes, etc.). Il peut aussi craindre de dévoiler ses « mauvais côtés » si les autres s’approchent trop de lui et qu’ainsi il se fasse rejeter.
Exemple : Quelqu’un qui arrive systématiquement en retard à ses rendez-vous galants.
Goût du jeu
Le sujet s’amuse à retarder le plus possible une tâche obligatoire non motivante pour jouer avec le délai et trouver finalement de la motivation ou de l’excitation à faire à temps mais à la dernière minute..
Exemple : Quelqu’un rédige l’ordre du jour de la réunion périodique de son équipe dans le couloir en se rendant à ladite réunion.
Autres hypothèses
D’autres hypothèses existent, travaillées en psychothérapie, à partir des textes freudiens (Inhibition symptôme et angoisse, le cas du petit Hans, l’homme aux rats) et Lacaniens (Commentaires sur le cas du petit Hans, commentaires sur Hamlet, commentaires sur la névrose obsessionnelle). Elles sont retrouvées aussi dans le travail de Nicolas Abraham et Maria Torok dans leur ouvrage : L’écorce et le noyau. Pour les psychologues d’orientation plus expérimentale ou comportementale, ces hypothèses ne sont que des interprétations qui n’ont pas été vérifiées par un plan d’expérimentations ou des études plus ou moins contrôlées.
* Difficultés d’identification à l’image correspondant à son propre genre (féminin ou masculin).
* Difficultés à mettre des mots sur des sensations apparues lors de scènes et de situations de séduction dans la petite enfance.
* Difficultés à passer le complexe d’Œdipe à cause d’une inversion des rôles dans la parenté (la mère tient la place du père et réciproquement).[réf. souhaitée]
* Difficultés dans la transmission entre parents ou adultes et enfant ; les mots ne sont pas là et sont donc attendus avant de passer à autre chose, comme dans le cas de traumatismes insignifiants a priori ou importants.
* Difficultés liées à des deuils pathologiques ou des cryptes (des deuils insus) ou des secrets de famille.
La procrastination ne peut pas uniquement se comprendre par sa description mécanique et morphologique ; elle a des raisons d’être économiques c’est-à-dire qui participent aux défenses contre de l’angoisse diffuse en rapport avec un manque de parole (un manque de symbolisation) et une culpabilité face à une faute perçue comme diffuse alors qu’elle concerne la difficulté d’admettre la place du père comme lieu de parole structurante. Il y a probablement une confusion entre ses interdictions et ses commandements.
Au lieu d’une relation d’autorité s’instaure une relation de combat où l’enjeu inconscient est la mort de l’Autre.
L’allusion à Hamlet faite par Lacan éclaire cette position ambiguë et nouée au plus profond du Sujet. La question de la place au sein d’une relation intersubjective est posée. Les questions de l’influence, de l’emprise et de la séduction ainsi que de la domination suivent la première.