Publié par Dav
Les surdoués sont-ils vraiment ceux qui réussissent brillamment les
tests de QI ? De plus en plus de spécialistes
soulignent d’autres aspects de l’intelligence et des potentiels humains.
Comme l’intelligence émotionnelle et perceptive.
Christel Petitcollin, formatrice en communication et en développement personnel.
«
Officiellement, les surdoués représentent 2% de la population alors
qu’en réalité, ils seraient 15 à 30% car ces tests n’évaluent que la
partie émergée de l’iceberg. » Selon Maria Pereira-Fradin,
« Certaines caractéristiques non
intellectuelles sont très importantes dans le phénomène : des traits de
personnalité, la motivation et la créativité, que l’on peut évaluer. Le
QI est une mesure d’intelligence globale intimement liée aux aptitudes
demandées à l’école. Or, le haut potentiel ne se résume pas à cela. »
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Des intelligences multiples
En effet, des recherches scientifiques récentes aux États-Unis ont
démontré que l’intelligence n’était pas unitaire mais plurielle. Pour le
chercheur américain Howard Gardner, professeur à l’université de
Harvard, il existe huit types d'intelligence : spatiale, verbale,
kinesthésique, logico-mathématique, inter-personnelle,
intra-personnelle, musicale et écologique.
Très influent dans la
recherche sur les enfants surdoués, le psychologue américain Robert
Sternberg considère, quant à lui, que l’intelligence comporte trois
volets principaux :
- l’intelligence analytique - logico/mathématique,
verbale, académique -,
- l’intelligence pratique
- l’intelligence
créative.
Le haut potentiel peut se manifester dans n’importe lequel de
ces domaines. Et la créativité ressort comme un des axes de recherche
les plus prometteurs.
Pour l’américain Daniel Goleman, psychologue
de formation, ex-enseignant à Harvard, aujourd’hui président de la
société Emotional Intelligence Services, la notion habituelle
d’intelligence néglige un aspect essentiel du comportement humain : nos
émotions.
L’importance de l’intelligence émotionnelle
Puisant dans les découvertes récentes de la biologie et de la
psychologie, il a analysé les raisons pour lesquelles un QI élevé peut
être un handicap et la maîtrise des émotions un atout. Self-contrôle,
persévérance, motivation, respect d’autrui, aisance sociale sont
quelques-unes des compétences qui définissent cette intelligence « autre
» : l’intelligence émotionnelle. « Lorsque les sociobiologistes
cherchent à expliquer pourquoi l’évolution a conféré aux émotions un
rôle de premier plan dans la psyché, ils soulignent la prééminence du
cœur sur le mental, explique Daniel Goleman. Nos émotions nous
aident en effet à affronter des situations et des tâches trop
importantes pour être confiées au seul intellect : le danger, les pertes
douloureuses, la persévérance en dépit des déconvenues, la fondation
d’un couple, la création d’une famille. Chaque émotion nous prépare à
agir d’une certaine manière ; chacune nous indique une voie qui, dans le
passé, a permis de relever les défis de l’existence. Les mêmes
situations se sont inlassablement répétées au cours de l’évolution, et
le fait que notre répertoire d’émotions soit inscrit dans notre cœur
sous forme de tendances innées et automatiques atteste de sa valeur de
survie. Toute conception de la nature humaine qui ignorerait le pouvoir
des émotions manquerait singulièrement de perspicacité. L’expression
Homo sapiens, l’homme pensant, est particulièrement malheureuse si l’on
considère le rôle majeur que, selon les scientifiques, les émotions
jouent dans notre vie. Comme nous le savons tous d’expérience, en
matière de décision et d’action, l’intuition compte autant, sinon plus,
que la pensée. Nous exagérons la valeur et l’importance de la raison
pure, que mesure le QI, dans la vie humaine. Notre intelligence est
pourtant inutile quand nous sommes sous l’emprise de nos émotions. »
Contrairement
au QI, il n’existe pas de test simple permettant de mesurer
l’intelligence émotionnelle. Bien que toutes ses composantes fassent
l’objet de recherches importantes, certaines d’entre elles sont plus
faciles à tester. L’empathie, par exemple, peut l’être en demandant au
sujet d’interpréter les sentiments d’une personne à partir de
l’expression de son visage.
A la différence du QI, l’intelligence
émotionnelle n’est pas figée. Au contraire, chacun a la possibilité de
l’améliorer, pour peu qu’il apprenne à reconnaître et à utiliser
l’ensemble de ses émotions. « L’injonction de Socrate – "Connais-toi toi même" - renvoie à cette clé de voûte de l’intelligence émotionnelle, poursuit Goleman. Il
faut être conscient de ses propres sentiments au fur et à mesure de
leur apparition. Être dans la conscience de soi, cette attention
permanente à son état intérieur. » Outre-Atlantique, quelques
établissements scolaires ont déjà intégré des cours d’éducation
émotionnelle aux disciplines déjà enseignées. Un programme qui offre un
ensemble d’outils permettant de développer l’empathie, l’affection, la
tolérance, la capacité de se mettre à la place des autres et une
meilleure maîtrise des émotions.
L’intelligence perceptive
Les « surdoués » émotionnels développent souvent une autre forme
d’intelligence, pourtant moins connue : l’intelligence perceptive. De
nombreuses personnes, sans oser l’avouer, ont développé d’incroyables
capacités perceptives : intuition mais aussi hyperesthésie – terme
scientifique pour désigner le fait d’avoir les cinq sens dotés d’une
acuité exceptionnelle - précognition, extralucidité, clairvoyance... « Plus vous êtes empathique, plus vous allez avoir la capacité de lire le langage non verbal et de capter des informations, assure Christel Petitcollin. De
comprendre les autres au point de pressentir leur personnalité, leurs
attentes et leurs pensées. Les personnes que j’ai pu identifier comme
surefficients, vivent aussi, bien souvent, des expériences inexpliquées :
de la télépathie aux rêves prémonitoires en passant par des états
extatiques de paix et d’amour pur, de sensation de communion avec la
nature, et parfois plus : comme la capacité à percevoir les auras, à
ressentir des entités et autres présences occultes, à se souvenir de
vies antérieures, à se connecter à d’autres dimensions... » Si ces
capacités perceptives ne sont pas encore reconnues par la majorité de la
communauté scientifique, certaines recherches tendent à démontrer leur
existence et à changer notre regard sur l’être humain qui ne doit plus
être simplement vu comme un cerveau sur pattes. Des recherches en
neurosciences au Canada auxquelles collabore Corine Sombrun, écrivaine,
compositrice, conférencière et exploratrice de la transe chamanique,
vont dans ce sens. « Des électroencéphalogrammes de mon cerveau ont
été faits en état de conscience ordinaire puis en état modifié de
conscience. Les résultats ont prouvé que la transe n’était pas juste une
théâtralisation mais modifiait de manière spectaculaire le
fonctionnement des circuits cérébraux, et activait des zones dites
"perceptives" (limbiques). Ce qui expliquerait pourquoi cet état me
permet d’accéder à d’autres informations et, en quelque sorte, à une
perception augmentée de la réalité. La grande aventure du XXIème siècle
ne passera pas seulement par l’évolution des technologies mais aussi par
la possibilité d’apprendre à découvrir l’incroyable outil que sont nos
capacités perceptives. Comme le dirait Antonin Artaud nous avons tous
besoin d’atteindre « un peu de cette réalité qui nous manque », de
réconcilier les différents aspects de notre intelligence pour devenir
cet humain qui, je l’espère, sera bientôt aussi fier d’être un
"perceptuel" qu’un intellectuel. »